David Belliard

Il y a maintenant plus de 15 ans, alors que je débarquais de Haute-Saône, où j’ai passé mon enfance et mon adolescence, Paris m’a accueilli. Enfant d’ouvrier et de femme de ménage, je n’y connaissais personne. Durant toutes ces années, pourtant, j’y ai rencontré des gens formidables, concrétisé des projets passionnants. Ce Paris là a été pour moi le Paris de l’émancipation, de la réalisation de soi. Une capitale qui ouvre des horizons qu’aucune autre ville ailleurs ne peut offrir. Je mesure la chance que j’ai d’avoir été ainsi accueilli par cette métropole hors du commun, et par le 11e arrondissement, où je vis depuis maintenant une dizaine d’années. 


Malheureusement, je constate que la chance qui m’a été offerte il y a 15 ans n’est plus donnée aujourd’hui à celles et ceux qui débarquent à la capitale ou qui désirent continuer à y vivre. Le rêve parisien se brise, sous l’effet de loyers hors de prix – et en particulier dans le 11e arrondissement, en passe de devenir l’un des arrondissements les plus chers de la capitale ! Des pollutions multiples, de la brutalité, des rues encombrées, de la vitesse aussi, compressent nos vies et écartent les plus fragiles et les plus vulnérables. Pourquoi ? 


Parce que nos élites, parce qu’un nombre toujours plus important de nos élu.e.s, rêvent d’une ville ancrée dans la compétition internationale. Pour une ville toujours plus riche, toujours plus performante, avoir toujours plus de bureaux, de tours, de trafics, pour être plus forte et plus puissante que les autres métropoles de par le monde. Cette course à l’attractivité économique balaye d’un revers de main notre quotidien. Pire ! Elle le détériore, et nous détourne de la grande question qui nous est posée, pour notre avenir proche et celui de nos enfants : pourrons-nous continuer à vivre à Paris l’été prochain quand les températures dépasseront encore les 42 degrés, ou dans quelques années alors que les scientifiques nous disent que nous pourrions connaître des pics de chaleur à plus de 50 degrés ? Cette question est centrale. 


Nous devons écrire une nouvelle page de notre histoire, celle d’une ville qui n’est plus en compétition mais en coopération, d’une ville qui préserve ses espaces verts, seuls véritables « climatiseurs naturels », comme au TEP Ménilmontant dans notre arrondissement, d’une ville qui lutte contre la hausse des loyers, en demandant leur blocage et en encadrant mieux Airbnb, d’une ville qui apaise et favorise le lien social et le dynamisme local, en piétonnisant aux abords de nos écoles, en prévoyant des zones piétonnes pour rendre de l’espace aux habitants et aux passants, en agissant concrètement pour que les enfants puissent se déplacer en toute sécurité à vélo ou à pied partout dans la capitale… 


Je rêve de cette ville qui s’occupe en priorité du climat et de chacune et de chacun de ses habitants. Je rêve d’une ville qui renoue avec le rêve parisien que j’ai eu la chance de vivre. Je rêve d’une ville verte, qui pense autrement son rapport aux vivants, à tous les vivants. Notre projet, notre nouvelle écologie, c’est pour faire cette ville-là. Et je suis convaincu que nous pouvons la créer ensemble. 


J’ai 41 ans, je suis journaliste, directeur du développement du magazine Alternatives Economiques, et je suis élu depuis 6 ans en tant que conseiller de Paris, président du groupe des élu.e.s écologistes, et au conseil de la métropole du grand Paris. Engagé depuis des années, je suis persuadé que nous pouvons vraiment changer les choses. A condition d’être assez nombreuses et nombreux, à condition de mettre en commun nos désirs d’un autre monde.

C’est ce que nous voulons pour le 11e arrondissement, c’est ce que nous voulons pour Paris et sa métropole, c’est ce que nous voulons pour nos vies, les nôtres et celles de nos enfants !